top of page

Tatie Papillon Photographe · Atelier photographique et littéraire · Vous raconter · Déconstruite . Landes

Summer mood - Mieux vaut en rire

  • virginieliboureau
  • 24 mai
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 24 mai


J’ai passé des soirées entières à répéter à mon fils que « c’est promis, ça passe en grandissant », que « je comprends ce que tu ressens ». Et oui ça passe mais parfois ça revient… Quand tu ne t’y attends pas, surtout quand tu ne te respectes pas assez. Alors tu passes tout ton temps à chercher, à tenter de comprendre ce que personne ne peut t’expliquer. Ca revient jusqu’au jour où tes milliers d’heures de réflexions, à tout retourner dans ta tête, à force de psychanalyse, de conversations interminables avec famille, amis et inconnus t’ouvrent la porte de la compréhension, jusqu’au jour où enfin tu trouves la clé. Ce n’est pas de ta faute, ce n’est pas une fatalité, t’as juste un petit truc en plus qui était bien caché et quand tu sais, c’est le début de la liberté. 


Ce matin-là signait le début des beaux jours. Après une vague pluvieuse et de froid, le soleil revenait pointer le bout de son nez. Les médias avaient annoncé le début d’un été prématuré, une vague de chaleur intense allait s’abattre sur la France. Alors que tout le monde se réjouissait du retour des barbecues, apéros en terrasse et autres pool parties, ce matin-là mon corps avait une fois de plus décidé de prendre le contrepied de la tendance générale.


La veille, pour la première fois depuis longtemps, j’avais ressenti une forte fatigue, celle qui t’assomme, qui alourdit tes paupières, du genre “même si tu ne veux pas, tu vas dormir !” Évidemment, j’avais scruté tous les symptômes associés à cet  élan de faiblesse physique, tout en essayant de me convaincre qu’il s’agissait seulement d’un phénomène naturel appelé “sommeil”. Je réalisais que je n’avais pas éprouvé cette sensation depuis longtemps, je peinais à m’endormir le soir, je m'efforçais de maintenir une heure de coucher raisonnable mais les minutes qui suivaient l’extinction des feux étaient souvent interminables et jonchées de ruminations. J’apprivoisais donc cet état que l’on appelle “fatigue” en me persuadant qu’elle n’était pas annonciatrice d’une quelconque pathologie mortelle et finissait par rejoindre les bras du renommé Morphée.  


Au lendemain donc, j’ouvrais les yeux avec cette sensation étrange que j’avais déjà connue par le passé, celle que j’appelle “l’odeur du soleil”. Pour moi, elle n'augurait rien de lumineux. Je me retrouvais une nouvelle fois en décalage avec la population générale, pour certain il s’agissait seulement des prémices de la saison estivale, pour moi, je changeais d’espace temps. Les odeurs, outre celle du soleil, me parvenaient plus fortes. Sous mes draps, en nage, je tentais de maîtriser le flot de sensations nouvelles qui envahissaient la totalité de mes récepteurs sensoriels. La caresse de l’air ambiant de ma chambre avait changé de texture, ma peau me paraissait plus laiteuse, la lumière plus vive et au creux de mon ventre, ce ressenti innommable que quelque chose avait mué. Le tableau qui s’offrait à mes yeux encore mi-clos semblait appartenir à un autre espace-temps, comme si la nuit avait été le berceau d’une faille spatio-temporelle. C’était le jour 1 d’une nouvelle tranche d’existence.


La faiblesse de la  veille me parvenait toujours, un peu moins intense mais persistante. Des tremblements intermittents traversaient de temps à autre ma carcasse raide, signe annonciateur d’un début d’angoisse. Je me fustigeais encore de mes bizarreries,  de ne pas me réjouir des prémices des festivités de cette partie de l’année. J’aurais voulu ressentir la joie impatiente des petits-déjeuners dans le jardin, des pieds dans le sable, des accolades plus ou moins alcoolisées autour d’un barbecue dominical. Il n’en était rien. Mon corps ne percevait que “le changement”, la “transformation” et il n’aimait pas ça. Je le savais. Je comprenais que pour beaucoup, les scènes de la vie quotidienne d’hier étaient les mêmes qu’aujourd’hui, un repas entre amis, une balade dans les bois, l’anticipation d’un week-end en famille se ressemblaient trait pour trait d’une semaine à l’autre, d’une saison à l’autre, la météo seule différait. Dans ma bulle, il y avait les “jours de basculement”. Ce dimanche matin était un de ceux-là. 





Forte de ce constat, j’allais donc mettre toutes les chances de mon côté pour transformer ces sensations étranges en routine rassurante. Un peu comme on désensibilise un allergique, je devais mettre le paquet sur les accessoires et situations qui caractérisent la belle saison. Pour ne rien laisser au hasard, j’établissais donc la liste des bonnes habitudes à mettre en place et des sensations s’y rapportant : odeurs, goûts, textures… Ayant une panoplie limitée en la matière et un corps peu adapté encore, je décidais donc de prendre toutes précautions nécessaires. L’odeur de la crème solaire sur ma peau translucide m’avait plongée d’entrée dans le grand bain. La sensation du bonnet de bain sur ma tignasse sauvage me rappelait les vertus toutes relatives des bords de piscine envahis par les hordes d’enfants surexcités. Cet accessoire avait cependant la double fonction d’atténuer les sons et de me donner un air un peu con, véritable répulsif à kéké des plages. L’incontournable maillot de bain lui, ravivait le souvenir d’un lointain body summer et une lecture légère venait parfaire cet attirail thérapeutique. N’ayant ni piscine, ni compagnie et bien installée à l’ombre, il m’est donc inutile de préciser que cette immersion estivale n’avait de thérapeutique que le nom mais qu’elle constituait une première approche de désensibilisation prometteuse.


Commentaires


bottom of page