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Tatie Papillon Photographe · Atelier photographique et littéraire · Vous raconter · Déconstruite . Landes

Ma vie d'anxieuse avec un enfant plein de vie (on ne dit plus hyperactif aujourd'hui) et deux chats psychopates - Un week-end sur le ring !

  • virginieliboureau
  • il y a 2 jours
  • 10 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 19 heures


Round 1

Ce soir-là c'était la fête de l'école de mon loulou. Une idée grandiose de Charlemagne probablement aussi ... On les aime nos chérubins, on aime les voir réciter, déclamer, chanter, danser et puis on s'attendrit, on s'émeut, on verse une larmichette quand c'est à leur tour, on prend conscience des années qui passent et comme pour un rite de passage, on immortalise ces moments par des photographies qu'on ressortira à l'occasion de leurs mariages ou anniversaires.


Sauf que la fête de l'école c'est toujours en fin d'année scolaire et donc par définition à la saison des beaux jours. Mais ce soir-là ce n'était pas seulement un "beau jour", ce soir-là c'était la canicule. Depuis la veille, je planifiais la moindre minute de la journée qui s'annonçait afin de me rassurer. J'anticipais chaque détail. Comme toute bonne kermesse qui se respecte, il fallait évidemment prévoir la tenue réglementaire : tee-shirt de couleur uni (un basique que nous avons tous en au moins un exemplaire dans les placards de nos petits anges et que j'avais préalablement lavé) et bas en jean. J'avais préparé le costume scrupuleusement sur la table de l'entrée afin de mettre toutes les chances du côté de ma mémoire défaillante. J'irai récupérer loulou directement à la sortie des classes pour lui permettre de se rafraîchir et d'avoir les idées claires avant le spectacle et nous repartirions pile poil pour être à l'heure au rendez-vous donné par la maîtresse.


Au matin du grand jour, rien ne laissait présager que le programme n'allait pas se dérouler exactement comme prévu. En vérifiant pour la 10ème fois que les affaires étaient bien prêtes, mon œil fut attiré par un détail qui ne m'avait pas frappé la veille : un reflet violet sur son magnifique tee-shirt bleu électrique. Intriguée par cette étrangeté, je m'étais empressée de déplier ce dernier et constatais avec stupéfaction que le reflet en question était en réalité une énorme tâche de feutre indélébile. Il m'a fallu la journée pour me rendre à l'évidence : je devais aller en acheter un nouveau et entrer dans un magasin. Cette journée qui ne devait me mettre à l'épreuve que d'un seul bain de foule moite et transpirante en compterait donc deux.


Je traversais le magasin, certes climatisé mais bondé, à la vitesse de l'éclair, la pression dans ma poitrine et dans ma tête amplifiait à mesure que je m'avançais dans les rayons, des parents à l'affût de la moindre affaire déboulaient de tous les côtés, je me préparais à devoir lancer ma plus belle esquive entre les caleçons et les bermudas afin d'éloigner chaque âme humaine qui s'aventurait un peu trop près de ma zone de sécurité. Des milliers de tee-shirts s'étalaient devant moi et tous floqués d'inscriptions gigantesques, aucune trace d'un haut uni. 10 minutes de calvaire en terre ennemie. DJ Anxio et la team Spasmo gagnaient du terrain, l'heure tournait et je sentais poindre l'affront de devoir m'aventurer dans un second magasin quand enfin, je l'ai vu. L'habit tant convoité sous mes yeux. Le corps tremblant et la tête dans les nuages, je filais comme un bolide vers les caisses, doublant tous mes adversaires avec l'agilité d'une anguille. La première étape de mon marathon de sociabilisation passée, je m'accordais une respiration avant le second round.


Loulou était en forme à la sortie de l'école, récitant inlassablement poèmes et chansons qu'il allait présenter une heure plus tard sur la scène de l'école :

"-L-I-B-E-R-T-É ! -L-I-B-E-R-T-É !

-Ah tiens ! Ça me rappelle quelque chose ...

- Et maman, on pourra rester après pour jouer avec les copains ?

-Mon coeur, j'aimerais beaucoup (c'est totalement faux, je n'aimerais pas du tout) mais il fait trop chaud, on va rentrer au frais de suite après !

- Mais c'est nuuuuuul ! Moi je veux rester ! Il fait pas si chaud en vrai !

- T'as un problème de thermostat mon fils !

- Sinon t'as qu'à te mettre toute nue Maman !

- A la fête de l'école ? Vraiment ? "


"J'imaginais déjà le fait divers dans la presse à scandale : "Une maman d'élève désorientée retire ses vêtements en plein spectacle de fin d'année dans une école landaise, la police forçait d'intervenir !"


La culpabilité me gagnait déjà, priver mon fils d'un moment avec ses amis pour sa dernière année de primaire me chagrinait mais mon corps rendait le défi impossible. Tendue comme l'élastique de ma culotte après un fastfood, je rassemblais mes dernières forces pour faire figure devant la horde de parents déchaînés venus encourager leurs enfants. Les bancs pour les spectateurs avaient été disposés à l'ombre (une idée de génie) tandis que la scène qui accueillerait les élèves dans quelques minutes, elle, se trouvait en plein soleil :


"- Horreur, il n'a pas pris sa casquette ! S'il faisait une insolation en pleine représentation, je ne me le pardonnerais jamais ! Trop tard ! Les voilà qu'ils grimpent sur scène !"


Rationalité : zéro !


Installée en plein milieu de la cohue, entre une maman d'un ami de Loulou et un grand-père peu habile manquant de me filer un KO en enjambant l'assise, je m'efforçais de me concentrer sur la discussion engagée avec ma voisine, sur la prestation imminente de mon fiston et sur le léger brin de vent qui venait caresser mon visage. A l'intérieur, l'épuisement devenait inévitable, chaleur, ronronnement de la foule en délire, j'allais à coup sûr faire une syncope en plein spectacle, mes reins me lâchaient, ma tête tournait, je suffoquais, mon dos dégoulinait offrant une vue implacable par transparence sur mes dessous dépareillés, ma respiration tournait à un rythme effréné...


Puis il a commencé à réciter son poème et le temps s'est arrêté. Il était fier, il rayonnait, il parlait de liberté quand mes chaînes invisibles m'empêchaient de vibrer. J'ai pensé : "il est mon baromètre, un jour, bientôt, je retrouverai son insouciance et sa légèreté". Alors j'ai pris mon téléphone et je l'ai filmé pour me rappeler, plus tard, qu'à cet instant je n'étais pas encore prête à ressentir pleinement mais que j'étais déjà sur le chemin qui mènerait à la liberté.

 

Round 2

Et comme si c'était ma journée, la douleur aux reins ressentie plus tôt dans l'après-midi m'avait conduit aux urgences, à 22h ! En bonne hypocondiraque, mon environnement favori parmi tous. Une salle blindée remplie de personnes en attente de soin, qui souffrent, qui pleurent, désorientées. J’étais à deux doigts de signer une décharge, c'était la cour des miracles. Quand certains attendaient tranquillement, prenant leur mal en patience, moi j'imaginais ce que chaque personne pouvait avoir, ce qu'elles allaient raconter en rentrant chez elles à leurs proches, je me demandais si elles étaient seules, si quelqu'un les attendait, si elles allaient passer quelques heures ou quelques jours dans ces lieux angoissants. J'absorbais littéralement les émotions de mes voisins de "rideaux", une multitude de couleurs émotionnelles mélangées dans ce grand sas gris et terne. Je m'imaginais, en attendant les résultats de mes analyses, quelle maladie inconnue allait m'être détectée, je deviendrai la patiente 0 d'une nouvelle pandémie ou bien une cellule plus grave était en train d'envahir mon corps ? Comme si me trouver au cœur d'un établissement de soin me donnait l'accès redouté à toutes mes élucubrations hypocondriaques.



Après six longues heures d'attente et d'inquiétude, je fus autorisée à m'exfiltrer de mon pire cauchemar. 4h30 du matin, un trou dans le bras, une ordonnance longue comme ma to do list après 1 semaine d'isolation sociale post crise de panique et l'appréhension d'ingérer des médicaments que je ne connaissais pas et dont la description des effets secondaires me donnait de l'urticaire.


Un week-end qui démarrait donc comme un long trou noir. Au lendemain, la fatigue, la chaleur et l'imprévu m'avait rendu irritable. Je ne supportais aucun bruit, aucun son, je rêvais de silence et de mutisme. Mais une tâche bien plus compliquée que quelques heures dans un centre hospitalier m'attendait, il fallait faire les devoirs.

 

Round 3

Au réveil, j'avais pris la décision de lui laisser le temps d'émerger, de déjeuner, de profiter d'un moment de calme et de pause avant la fatidique épreuve non pas des poteaux mais des devoirs. Les fans de Koh Lanta le savent, le challenge des poteaux demande un niveau de ténacité, de concentration et de patience élevé. Chez nous, l'heure des devoirs c'était le step au-dessus.


Je préparais donc mon blondinet psychologiquement pour qu'il puisse se mettre en condition. Deux heures de "Ce matin on fait les devoirs Loulou !", "Quand le timer sonne, on s'y met !", "Tu peux commencer à ouvrir ton cartable et préparer tes affaires !", "Tu sais s'il y en a beaucoup ?" sans réponse du principal intéressé évidemment.


"Parle à mon C**, ma tête est malade !" me rabâchait souvent ma maman quand j'étais enfant. Aujourd'hui je peux le dire : "Maman, je t'ai compris !"


Ne voyant venir aucune réaction de ma petite tête blonde, j'avais pris l'initiative d'avancer le processus et d'aller jeter un œil sur les dits devoirs à rendre pour lundi dans son agenda. Stupeur, horreur ! Aucun travail écrit, juste un chapitre entier de science à étudier en vue d'une évaluation. Lui et moi aurions préféré plancher sur 10 exercices de calcul, un exposé de 30 pages sur les langoustes ou même l'illustration en format 50×60 de la dernière poésie mais non, il avait une leçon de 3 pages à apprendre...


Je remettais donc ma patience entre les mains de dieu à ce moment-là et ma sérénité (qui s'était déjà fait la malle bien avant le début des hostilités !) entre les bras d'Antoine de Padoue, le Saint protecteur des objets perdus. Le timer avait sonné trois fois, le temps imparti s'était écoulé. Je levais le ton pour rapatrier mon élève à son bureau d'étude :

"- Loulou, tu as entendu c'est l'heure maintenant de faire tes devoirs !

- Attends, je vais aux toilettes !

-  Évidemment ! Tu ne pouvais pas y aller avant ?

- Mais avant je savais pas que j'avais envie !

- Dépêche-toi !

- T'as pas le droit de me presser pour ça, c'est un droit naturel d'aller faire pipi !

- Très bien, on part sur une bonne base de négociation "

Je somme l'étudiant de lire plusieurs fois sa leçon pour s'en imprégner pendant que je rédige une fiche récapitulative en couleurs avec des dessins rigolos sur " Les gaz à effet de serre". 1 minute de silence.


"-Oh maman au fait je t'ai pas dit, dans mon manga, le héros il est mort. En fait, il a pu ressusciter grâce au pouvoir de la montagne magique une première fois mais il peut qu'une seule fois, alors quand il est mort la deuxième fois et ben il était vraiment mort mais il a un fils à qui il a donné tous ses pouvoirs et du coup et ben tu sais et ben son fils il est encore plus fort que lui.

- Super ! Et les gaz à effet de serre alors ? Tu ne les ferais pas ressusciter dans ton esprit par hasard ?

- Pfffff, tu t'en fiches de ce que je te dis. Je savais que t'en avais rien à faire de moi.

-Visage crispé"


S'avachit sur la table, attrape un stylo et dessine des serpentins sur sa feuille :

"- 9 .... des .... 10 .... années...les .... plus... chaudes... ont....été.... recensées... après.... l'an ....2000...

- Concentre-toi ! Lis correctement !"


Sur l'air de "Parle à ma main" de Mickaël Youn et Yelle :

"- Il y a 3 climats différents sur la planète : le climat froid, le tempéré et le chaud !

- Tu ne vas pas retenir comme ça ! Tiens-toi bien !"


Attrapant son rubik’s cube, assis sur le dossier de la chaise, les pieds dans le vide, toujours sur le même air :

"- Il faut pas confondre la météo et le climat, il fait de plus en plus chaud ça s'appelle le réchauffement climatique !

-Mais tu ne lis pas dans l'ordre là ! Tu ne vas rien comprendre !

-Oui mais sinon ça marche pas sur la musique !

-Visage crispé"


Mon dieu prenez pitié ! C'est déjà un affront d'étudier ces leçons, est-ce vraiment utile de nous rappeler qu'on crève de chaud !?


 Il avait ensuite pris de l'élan et avait couru depuis l'autre bout de la pièce en criant :

"- Si j'atterris sur la chaise sans toucher le sol après, on dit que je connais ma leçon par cœur, d'accord ?

-Non pas d'accord, viens t'asseoir de suite !

-Attends, j'essaie une dernière fois !

- Perdu !"


Après avoir relu fiche et leçon, je lui posais des questions pour m'assurer de la bonne compréhension des notions essentielles. C'était toujours mon étape favorite des devoirs. Imitant un surfeur face à une vague, son ventre posé sur la chaise et les bras et jambes en l'air mimant une nage approximative, il entreprit de réciter une leçon qu'il ne savait évidemment pas.

"-Peux-tu me donner le nom des 3 climats tempérés ?

-Océaniqueeeeee…

-Oui, bien !

-On va faire quoi cet aprem ?

-Reste concentré sur ma question, on en parle après !

-Euuuh oooooocééééaaaaaaniiiiiiique !

-Oui tu l'as déjà dit ça, ensuite !

-Continental !

-Oui, très bien, plus qu'un !

-Euuuuuuhhhh continental, continental, continental ! Euhhhhhh

 (S'il vous plaît, qu'on en finisse sur le champ !)

-Oui etttttttt le dernier : Médiiiiiiiiiii ?

-Méditatif ?

-Vraiment le climat méditatif j'en rêve là tout de suite mais il n'existe pas ! Donc Médiiiiiii ?

-Médicament ?

-Bon loulou ça suffit là tu dis n'importe quoi ! MÉDITERRANÉEN enfin !

 -Ah ouiiii ! C'est ça maman t'as raison !

 - Visage blasé"


Après de longues minutes, nous bouclons la mission, cette fois sans trop de pleurs mais assommés d'une fatigue harassante.

"-Allez, à la douche maintenant !

-Oh non ! Mais pourquoi ?

- Parce qu'il faut se laver c'est comme ça et puis tu vas attirer les mouches sinon !

- C'est pas sympa !

- Mais je plaisante, allez file à la douche ! Tu n'oublieras pas de mettre tes affaires au sale et ouvre tes volets aussi ! Ne mets pas l'eau trop chaude cette fois et ne reste pas 1000 ans sous la douche.

- OUIIIIII OUIIIII OUIIIII je saissssss !"


10 minutes plus tard :

"-Euh maman tu m'as dit de faire quoi déjà ?

- Les volets, les affaires au sale...

- Oui ça ok mais après ?

- Aller à la douche ?

- Ah oui c'est ça que j'avais oublié !

-Visage blasé

- MAMAAAAAAAAN ! VIENNNNNNS ! (ok c'est ma fête bientôt !)

-Non mais loulou je nettoie la litière des chats là, qu'est ce qui se passe ? Je ne viens que si c'est urgent ! En plus Hippie en a mis partout ! C'est affreux !

-Ouiiiii viens vite c'est urgent ça va partir sinon !

-Qu'est ce qui se passe ?

-T'as vu quand je mets l'eau chaude que sur un côté on dirait que j'ai pris un coup de soleil !

-Ok, donc c'était vraiment urgent t'es sur ?

- Ben oui, après ça s'efface t'aurais pas vu sinon !

- Visage crispé"


Merci Saint Antoine de Padoue !

 

Round 4 - Le boss final : la fête des mères !


Le lendemain, au réveil, ses petits bras frêles, sa tignasse en bataille et ses bisous odeur camembert bien fait me rappelaient à quel point l'essentiel tient dans les petites choses du quotidien, mon cœur rempli de gratitude se préparait à recevoir ses quatre petits mots tant attendus à cette période de l'année :

"- Ettttttt Maman !

- Oui mon Amour ?

- Bonne fête des Daronnes !

-Visage blasé "




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