Ma vie d'anxieuse avec un enfant plein de vie (on ne dit plus hyperactif de nos jours) et deux chats psychopathes
- virginieliboureau
- 7 mai
- 5 min de lecture

Et voilà, après une semaine de calme, je sens poindre la rechute. Je me sens patraque, du genre « je couve un truc », faiblichonne quoi. Je le prends d’abord à la légère (c’est très court cette phase dans mon cas : 10 minutes) puis je me dis que c’est la gastro, allez savoir pourquoi, je le sens !
Sauf que j’avais promis un fastfood à mon fils qui ne fait que parler, crier, siffler et chanter dans la voiture. Nous voilà coincés dans un embouteillage interminable à cause d’un accident puis dans la file du drive, l’enfant décide d’entamer un long questionnement sur les rois de France à ce moment-là :
"-Maman, il a existé François II ? Et Henri XVII ? T’imagine si on s’appelait tous Charles ? Ça serait nul ! Tu veux que je te chante la chanson du spectacle de l’école ?
-Euh non pas là tout de suite mon Amour, je suis un peu patraque.
-C’est LI-BER-TÉÉÉÉÉÉÉ, LI-BER-TÉÉÉÉÉÉ ! se met-il a entonner avec toute la puissance de ses cordes vocales de pré-ado pré mue.
-Ah super Titou, tu chantes bien !
-Ah Maman, t’as vu ? Dans ta nouvelle voiture les sièges aussi ils descendent comme dans l’autre et pourquoi c’est EdenAuto ton assurance ?
-Ce n’est pas mon assurance c’est la concession auto Loulou !
-Et on peut l’enlever le porte-clés ?
-Non on peut pas !"
Je sens un vertige, j’ouvre les vitres, le mec devant moi au drive passe une commande pour la France entière et tous ces rois. C’est long et je me vois déjà faire un malaise dans la file d’attente, l’anticipe les gestes d’urgence à adopter : je déverrouille mon téléphone, retire mon écharpe et essaie de respirer.
Le petit blond à côté de moi continue de parler sans arrêt, remonte le siège, le descend, le remonte, j’ai envie de lui demander d’aller voir à Versailles si j’y suis mais si je fais ça, il n’appellera pas les pompiers si je fais un malaise.
Évidemment le terminal TPE ne fonctionne pas, puis notre commande n’est pas complète, je dois me garer. « Loulou » comprend enfin que je ne suis pas au top, il se lance dans le magnétisme et pose ses mains sur mes bras pour « enlever le malaise », comprend que j’ai envie de vomir, prend peur et s’écarte rapidement :
"-C’est pour ça que tu as ouvert la fenêtre Maman ?
-Oui mon chéri !
-Imagine si tu vomis sur le monsieur du restaurant !
-Euh je vais essayer de pas faire ça !"
Pendant ce temps mon cerveau a passé un step supplémentaire, ce n’est plus une gastro mais les prémices d’un AVC ou d’un coma diabétique qui me guettent. Je tape « symptômes diabète » sur Google et je découvre sur un forum que certains ont dépassé le stade de la petite hypocondrie (bienvenue dans ma Team !) :
« Ma vie est-elle finie si j’ai du diabète ? »
Je ne l’ai jamais tentée celle-là : Palme d’or mec !
Les solutions de mise en sécurité fluctuent dans mon esprit : « Partir chez ma mère ? Je débarquerais avec le sac du fastfood que je ne mangerai pas de toute manière, m’effondrant en PLS sur son canapé comme à chaque crise d’angoisse trop difficile à gérer seule. Je décide que non, pas cette fois !
De retour chez nous, il me faut un tranquillisant, je prends ma température (frontale) pour la troisième fois de la journée, l’écran affiche 37,2°, je pense : « Il doit y avoir une erreur, j’ai des frissons. Dans toute l’incohérence de cette démarche (La fièvre ne fait partie d’aucun symptômes des trois maladies qui me guettent ce soir) je retente et cette fois, même la technologie me lâche, l’écran se fige sans résultat : « Je me disais bien qu’il n’était pas fiable ce thermomètre ou alors il se paye ma tête et lance un préavis de grève, épuisé par tant de prises journalières ! »

Je comprends enfin que tous les symptômes qui m’assaillent ne sont que le résultat d’une énième crise d’angoisse qui s’est faufilée dans l’espace d’un moment anodin.
En passant à table, le petit blond reprend de plus belle :
"-Maman (ce n’est pas mon vrai prénom), moi j’ai envie de faire un Master d’ingénierie ! Mais je ne sais pas quoi créer ! Lalalala lala LI-BER-TÉÉÉÉÉÉÉ ! Et tu sais mes copains ils sont amoureux de la même fille mais ils se le sont dit, ce sont de supers potes et puis tu sais j’ai un autre pote c’est un rageux mais on l’aide mais bon il n’est pas toujours sympa !
-Ah oui Loulou, allez va à la douche maintenant !
-Non j’ai pas envie !
-Je vais me fâcher !
-Pourquoi tu ne veux pas que j’ai un téléphone ?
-Va à la douche !
-Noooooon pas tout de suite !
-SIIIIIIIIII !
Une fois sous la douche, à l’étage, cette conversation ubuesque continue, Loulou hurlant pour que son histoire arrive jusqu’à mes oreilles :
-Maman, j’ai toujours le ventre bleu ! Ça m’inquiète !
-QUOI ?! (Level up au jeu de l’anxiété)
-Oui j’ai un bleu tu sais !
Redescente immédiate, même les montagnes russes de Portaventura ne font pas le même effet.
-Ah oui oui c’est pas grave ça Loulou !
-Et tu savais que je faisais de l’asthme moi ?
-Euh non Loulou pas du tout qui t’as dit ça ?
(Double looping et tête à l’envers)
-Moi !
-Oui donc pas le médecin quoi ?
-Non mais quand je cours j’ai une boule dans la gorge.
-On ira chez le médecin !
-Maman, t’es là ou t’es pas là ?
-Je suis là... Enfin je crois !"
J’enfouie mon nez trois secondes derrière l’oreille de mon chat, son odeur doudou agissant comme un anxiolytique puissant sur mes pensées chaotiques mais compter sur la coopération de ma bande de poilus était utopiste. Affamés, ils n’attendent que leur ration quotidienne de croquettes au poulet et se mettent eux aussi à entonner leur plus beau chant créant un canon harmonieux avec les cris de mon fils qui ne trouve pas son pyjama et me somme de monter de toute urgence :
"-Et tu sais quoi Maman, en fait quand je suis pressé je mets pas de dentifrice sur ma brosse à dents, je mets de l’eau et hop !
-…"
Il est tard, j’ai monté et descendu les escaliers 24 fois aujourd’hui (48 x 14 marches = 672 marches dans les cuisses), les couchers de mon fils sont plus cardio que mes séances de renforcement musculaire, j’atteins le pallier une ultime fois et décide de regarder mes dernières analyses de sang d’il y a 10 mois (toujours en toute cohérence évidemment…) pour vérifier ma glycémie à jeun. Je suis rassurée, aucun signe de diabète. En plus la nausée est passée, les vertiges se sont calmés. Je rejoins la salle de bain, manière de me rassurer définitivement (pour la soirée). Ma petite routine de vérification « Prévention AVC » consiste à sourire 5 fois d’affilée face au miroir en levant les bras en l’air version « Saturday Night Fever » ! J’ai l’air con mais si ça marche, tout est safe. Ce soir j’y arrive, synchronisation optimale. Tout va bien.
Il est l’heure d’aller se coucher : « Réveil programmé pour 6h45, lumière éteinte avec la main gauche, réveil vérifié avec la main droite, lumière rallumée avec la main droite, réveil vérifié avec la main…Merde je sais plus avec quelle main j’ai éteint la première fois !
10 essais infructueux plus tard, la suite toquistique réalisée sans accroc, le sommeil me gagne enfin.
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