Ma vie d'anxieuse avec un enfant plein de vie (on ne dit plus hyperactif aujourd'hui) et deux chats psychopates - Que Calor !
- virginieliboureau
- 23 juin
- 9 min de lecture
Dernière mise à jour : 12 juil.

Mardi 23 juin - 5h45 : Nous avons délocalisé les couchages au rez-de-chaussée, l'étage constituant un sauna digne des spas les plus luxueux. Les chats se battent dans le jardin, Loulou dort avec la couette, il préfère, ça le rassure et puis "on n'ouvre pas les vitres hein Maman, j'ai peur des méchants". Et moi je deverse les quelques litres d'eau qu'il reste dans mon corps en sueur sur le canapé. Les volets fermés (alors que je rêve de tout ouvrir évidemment) forment une barrière protectrice contre les méchants mais aussi contre la horde de chats du quartier qui attendent la moindre ouverture pour se faufiler dans mon logement tels de véritables zombies assoiffés de sang. Bref, c'est le remake de Walking Dead.
Au "réveil", la fatigue accumulée et mon thermostat interne défectueux ne m'épargnent pas une énième crise d'angoisse. La troisième d'intensité 7/10 sur l'échelle de la team Spasmo en moins de 2 jours. Je m'étais préparée, même si j'avais limité le scrawling sur les chaînes météo, je savais que la simple annonce d'une canicule d'ampleur exceptionnelle déclencherait mes pires crises de panique. Il m'est impossible de continuer ainsi, de rejoindre le four de l'appartement maternel ou même de mettre en place toutes les stratégies qui m'apaisent habituellement. Je dois prendre les choses en main. Il est 8h37 et il ne me reste que quelques heures pour trouver mon saint graal : une clim portative. L'école est fermée, je suis donc en compagnie de ma petite tête blonde et il sera mon "allié" dans cette chasse au trésor.
Je presse donc mon enfant afin qu'il s'active dans la réalisation de ses ablutions matinales. Chose qui peut paraître anodine mais qui représente un véritable parcours du combattant chez nous. Je le somme de prendre une douche tiède et rapide mais il en a décidé autrement. Après 30 minutes, je m'introduis dans la salle de bain et constate avec effroi qu'il n'a pas dépassé le stade de la vérification de la température de l'eau. Il cherche minutieusement et en toute conscience écologique à trouver la bonne "chaleur" hydrique en passant son doigt sous le goutte à goutte de la pomme de douche... Il finit cependant par s'extraire de la salle de bain, me hélant afin que je vienne admirer ses "abdos naissants quand il se contracte":
"-Viens, viens, regarde quand je me mets comme ça !
-Oui Loulou !
-Non mais viens mets toi de profil et regarde dans cette angle ...
-Oui bon c'est bon, on a compris..."
Perdant patience, je renouvelle ma requête de se dépêcher afin d'éviter de rentrer trop tard et sous le feu de la canicule mais lui n'a pas perdu sa répartie déconcertante et se met à hurler dans toute la maison en dansant :
"-ET ON APPUIE SUR LE CHAMPIGNON!"
Pendant ce temps, je ne sens plus ma main droite et mon pied gauche et les fourmis envahissent mon bras. Ma respiration est bloquée mais je me fustige, je dois tenir, je suis avec Loulou et il reste encore deux jours de chaleur intense. Ne pas baisser les bras et foncer. L'enfant accélère enfin et nous rejoignons le véhicule. Me faisant répéter pour la 15ème fois le programme de la matinée, un éclair de génie le traverse :
"-Mais Maman, pourquoi tu veux acheter une clim, c'est cher, on pourrait plutôt aller à la salle des fêtes, ils mettent en place des dispositifs exceptionnels avec la chaleur !"
Je réfute cette alternative puisque en plus d'avoir la phobie de la chaleur, il peut m'arriver d'avoir une légère tendance à l'agoraphobie... je m'imagine déjà arriver dans la salle communale, en maillot de bain, obligée de converser avec plein de gens obsédés par la météo, les piscines et les brumisateurs et rien que cette idée renforce ma panique.
Nous prenons enfin la route, on ne s'entend plus dans l'habitacle tant la ventilation souffle fort. Il nous faut donc lever la voix pour communiquer ou pour chanter, puisque mon Loulou ne sait pas faire autrement... 3 magasins en 10 minutes et rupture de stock partout, aucune clim en vue. Plus nous insistons, plus mon corps s'engourdit, plus Loulou parle encore et encore et encore. Je me mets donc en quête de gros scotch pour le bâillonner afin de pouvoir continuer de me concentrer.
Nous traversons les allées marchandes à un rythme effréné, mon fils peine à me suivre, il s'arrête devant chaque rayon émerveillé par les scies sauteuses, barbecues, vernis colle et autre douche à l'italienne. J'accoste une nouvelle fois un vendeur qui me précise atterré qu'ils n'ont plus rien. Je dois avoir un air bizarre parce qu'il laisse échapper un rictus lorsque je lui fais part de ma "profonde déception".
Enfin, nous trouvons notre bonheur dans une énième boutique. Le commercial sympathique nous raconte comme "elles partent vite en ce moment ces petites machines", quand un petit papi l'interrompt afin de lui demander la localisation du rayon des fours... je reste abasourdie devant sa demande et m'interroge quand même sur sa bonne santé mentale... (enfin, je peux parler moi... ) nous rions de soulagement avec Loulou en rejoignant la caisse, lui parce que je vais enfin me détendre et être moins sur son dos, moi parce que je vais enfin pouvoir respirer.
Arrivés au dépôt, c'est là que je constate que ma jauge de sérénité est quand même bien entamée quand une dame et son époux tout à fait alertes (je précise pour ne pas passer pour un monstre) entreprennent sans vergogne de me doubler dans la file de l'enlèvement des marchandises. Je ne fais jamais ça, je garde mes petits états d'âme à l'intérieur d'habitude mais là s'en est trop... Je leur fais remarquer que "Je crois quand même que c'est mon tour !". Sans un regard la dame me précise qu'ils n'en ont pas pour longtemps... ils seront la cible de mes emportements pour le reste de la matinée.
Il nous restait encore une petite course à faire : récupérer mon ordinateur portable après une réparation. Dans la voiture Loulou fête notre trouvaille en chantant tous les sloggans publicitaires des magasins que nous croisons :
"-Lapeyre y en a pas deux !
-et heureusement ...
-Gifi des idées de génie!
-...
-T'as vu Maman, je trouve que le jaune et le noir ça va bien ensemble !
-...
-Hého Maman tu t'en fous ?
-OUIIIIII ! "
Je prends sur moi mais vraiment je rêve de silence. En arrivant au magasin d'informatique, mon jeune gamer est émerveillé par autant de PC, je peine à le faire tenir en place :
"-Ne touche pas à ça, viens ici, fais attention ..."
Je finis par repérer les bandes de limite de discrétion au sol : "J'attends ici":
"-Tiens regarde Loulou, "J'attends ici" ! Tu restes là et tu ne bouges plus."

Ce qui n'eut l'effet que de le faire rire ... Note à moi-même : revoir mes méthodes de dissuasion.
C'est quand il a feuilleté le magazine local sur le comptoir que je n'ai pu m'empêcher de dégoupiller devant l'air ahuri du vendeur :
"-Maman t'as vu la couverture ? Ce sont des blaireaux !
-Oui comme les gens qu'on a croisé chez But !"
De retour chez nous, mon blondinet s'interroge :
"- Maman ils sont tous comme toi tes amis, ou même les autres adultes, avec la chaleur ? -Euh non mon Amour, Maman a un petit grain ...
-Oh, j'ai de la chance alors ...
-... "
Avant toutes choses, je tiens à préciser que j'aime mon fils plus que tout au monde. Les propos qui vont suivre vont peut-être choquer les adeptes de l'éducation positive et bienveillante, les fervents défenseurs de l'écoute active ou autre méthode Montessori mais il faut que je sois honnête avec vous, je pense profondément que ces gens-là ne connaissent pas les frasques d'un attelage parent-enfant avec "un petit truc en plus" ou pour être plus précise avec une "neurodivergence". Je vous vois venir, pourfendeurs du sans étiquette, sceptiques et récalcitrants : s'il s'agissait d'une mode, d'un effet de groupe ou d'un choix de se "demarquer du commun des mortels", j'aurais plutôt choisi de me parer du dernier ensemble Gucci ! Il n'en est rien puisque je n'en ai pas les finances adéquates et n'ai pas vraiment décidé joyeusement de me retrouver vidé de mon energie vitale un dimanche matin d'été à force de discours inépuisables de mon enfant (que je n'ai pas adopté sur un site de nourrissons avec étiquette "neuf mais avec sursaut de diarrhée verbale") ou de pensées complètement incohérentes à propos des bonnes pratiques d'utilisation du ventilateur de plafond et du risque mortel du décrochage des hélices de ce dernier... Un dimanche matin ordinaire donc, de vacances qui plus est. Rien ne pouvait laisser présager que j'aurais besoin d'une sieste et de mon rituel "sandwich au pâté" à 10h du matin. Oui, c'est un détail sur lequel il faut que je vous donne quelques explications : depuis toujours, en cas de fortes crises d'anxiété, peu importe l'heure, l'overdose de tartines de pâté de campagne est mon allié de choc. Je me souviens particulièrement de l'épisode des révisions de mon baccalauréat qui avait poussé ma maman à dévaliser Monique Ranou et ses petits pots de mousse de canard... Aujourd'hui, c'était un jour de pâté. Une nouvelle semaine enfermés avec Loulou, tels de véritables vampires fuyant le moindre rayon de lumière avait considérablement activé les capacités oratoire de mon chérubin. Pas une seconde sans un mot, sans une question, sans une blague ... et quand lui reclamait à corps et à cri de sortir, de bouger et se dépenser, ma jauge de sérénité s'amenuisait à vu d'œil. Le silence se tarissait comme les réserves d'eau dans les nappes phréatiques de la France entière et pourtant il constituait (avec le pâté) le seul remède efficace pour recharger mes batteries. Loulou bouillait à l'intérieur et moi j'essayais de colmater les fuites de mon réservoir de patience. Il nous fallait en cette matinée dominicale profiter d'un peu de fraîcheur pour effectuer un ravitaillement sommaire et donc rejoindre les allées d'un supermarché bondé. En 10 minutes et 53 secondes (oui j'ai chronométré) nous avons abordé 15 sujets différents entre le rayon charcuterie donc et celui des produits laitiers : "-Maman, pourquoi le conseil municipal vote après les élections ? -Et bien mon chéri, c'est parce que les électeurs ... -Et t'as vu les vélos là ils sont rigolos ! -Oui, et donc je disais, les électeurs votent pour... -Tu l'as passé combien de milliers de fois ton permis toi ? -Bon Loulou, tu poses des questions mais tu n'écoutes pas la réponse ! -Oui mais tu l'as passé combien de fois ton permis ? -14000 fois ! -Oui donc 14 ! Parce que je t'ai demandé en milliers ! - ... et donc les électeurs votent pour une liste ... -Mais pourquoi on dit 1000 et pas 1 mille d'ailleurs, comme on dit 1 million ? - Euh je ne sais pas ! (Mince je devais prendre quoi déjà ?) -Et d'après toi, c'est quoi le record du monde d'échec au permis ? - je ne sais pas Loulou, bon chut je sais plus ce que je dois prendre ! -Je peux regarder sur ton téléphone ? -Oui ! -Ah tiens, c'est une coréenne, elle l'a passé 950 fois ! C'est énoooorme ! Comme quoi il y a pire que toi ! - ... mais attends Titou, ça fait combien de fois par an ça ? Parce que si on divise par 10, ça fait 95 fois, mais sur 12 mois ça fait combien ? - Tu te souviens quand j'ai gagné à la machine aux caisses la dernière fois ? Le petit derrière mois était trop jaloux ! Tiens toi tu fais moi et moi je fais le petit ! - Nooooon ! On rejoue pas la scene maintenant ! Mais du coup 95 divisé par 12 ... - Allez ! Tu dis juste : Ohhhh j'ai gagné ! Et moi je fais la tête du petit ! - Noooon, punaise qu'est-ce qu'on est venu chercher Titou aux courses !!!!? - OHHHHH ! DES PIZZAS !!!! - ben oui ! Va pour des pizzas, de toute manière je n'arrive plus à manger des tomates et des concombres ça me sort par les yeux et puis on allumera le four et il fera 52° dans la maison. - Ouhhh t'as l'air énervée Maman... Faut se détendre hein ! -... - Je vais faire le tour du rayon pour faire la queue sinon on va se faire gauler la place ! - Chut ! Nooooon on ne dit pas ça ! - Je peux passer les articles ? Et on va faire quoi aujourd'hui ? - Je ne sais pas ... Survivre ! - Et Marraine et Tonton Rémy il font une extension du jardin ou de la maison ? - AVANCEEEEEUH ! - Pourquoi tu réponds pas ? - Parce que je veux sortir - Une extension du jardin alors ou de la maison ? - De la maison ! - Ah ouais mais ils agrandissent pas le jardin aussi ? - NOOOOOOOOON ! -C'est moi qui passe les articles ! - Oui... - Il est où le code barre ?" Et c'est là qu'on a tous envie de répondre avec des propos peu adapté pour un enfant de 10 ans. La soupape a pété ! Oui je lui ai répondu "Dans ton C**" parce que vraiment c'est la seule option qui a traversé mon cerveau à ce moment là et parce que si j'avais localisé le code barre avant lui il aurait étayé la découverte par des questions sur la genèse des QR Code ou encore la probabilité qu'un article se retrouve sans ces petites barres noires et blanches et qu'il fallait que je coupe court à cette épreuve au plus vite. Évidemment il a rigolé... Évidemment j'ai culpabilisé puis ri avec lui. En remontant dans la voiture, nous avons donc conclu que l'automobiliste coréenne avait repassé son permis environ 19 fois par an. J'avais oublié la moitié de ma liste de courses, j'étais épuisée mais on avait ri et rien que pour ça, j'avais envie de dire merci ...
Commentaires