Ma vie d'anxieuse avec un enfant plein de vie (on ne dit plus hyperactif aujourd'hui) un chien et deux chats psychopates - It's time to wake up !
- virginieliboureau
- il y a 10 heures
- 3 min de lecture

Des semaines que je n’ai pas écrit, que je ne me suis pas posée pour ressentir, décortiquer, analyser. Ça sentait fort le grondement des ouragans des nouveaux départs... Un 23éme déménagement, un nouvel amoureux, un nouveau compagnon à 4 pattes, la rentrée au collège de Loulou…
Depuis deux jours, cette photo prise pour sa première rentrée de maternelle flottait dans mon esprit comme un post-it qui se colle sous la chaussure. Je me souviens de ce matin-là, de sa petite bouille frêle et innocente, de ses cheveux dorés, de son cartable combi VW pour faire comme papa et de son envie de découvrir un nouveau monde. Il y a 7 ans j’avais encore la sensation de pouvoir tout contrôler jusqu’à l’épuisement pour le protéger, aujourd’hui j’ai le sentiment qu’un plus gros travail m’attend, celui de lui apprendre à tout faire pour se protéger lui-même.
C’est comme si on avait enlevé des missions brusquement sur ma fiche de poste pour les remplacer par une formation de formateur en autonomie. Il fallait que je me rende à l’évidence, le chômage technique me guettait, pas tout de suite, pas du jour au lendemain mais plus le temps passerait plus il se débrouillerait seul.
Des dizaines de parents affolés et fébriles se pressaient vers la cour ou la liste des classes était affichée. Dans une cohue insupportable, tous attendaient le départ des élèves vers leurs salles. Je me sentais comme dans un cours de SVT géant, un flot d’émotions mélangé dans un grand chaudron qui n’allait pas tarder à atteindre tous mes récepteurs sensoriels et mon estomac commençait à sonner l’alerte.
La veille, Loulou avait choisi une belle tenue pour impressionner ses copains, montrer qu’il appartenait à leur camp, celui des gens “Cool” (Je le vois venir : “On ne dit plus cool Maman, c’est trop la honte !”). Il était tellement beau, tellement bien apprêté, tellement “ado pré-pubère” mon bébé. Je ressentais ses appréhensions et son envie d’en découdre, je ressentais l’énergie qu’il mettait à réussir ce premier jour de grand. Je ressentais aussi le nœud dans son ventre et dans sa gorge. Évidemment, submergés par tant de stimulis, nous avons loupé le départ de sa classe.
Vous vous imaginez vous, votre maman courant dans les couloirs du collège, hélant le moindre adulte référent pour retrouver le chemin de la bonne salle de cours, échevelée et paniquée alors que vous rêvez seulement de passer inaperçu, surtout ce jour-là… Je crois que lui s’en souviendra…
Une fois les têtes blondes entre les mains de leurs professeurs principaux, tous les parents étaient conviés à une grande réunion de rentrée… SUFFOCATION : l’odeur du stress planait dans cette salle, l’odeur de la peur de ceux qui avaient toujours refoulé leur phobie scolaire, l’odeur de la course effrénée qui reprenait après deux mois de slow down. Je n’ai pas pu m’asseoir sagement au milieu de cette horde de géniteurs assoiffés d’information, j’avais besoin d’air, de MON air pour survivre à cette matinée. "Carnet de correspondance, agenda, lutte contre le harcèlement, évaluations, vivre ensemble, discipline…" DJ Anxio et la team Spasmo étaient de retour pour me jouer un mauvais tour. Je me répétais inlassablement qu’il serait de mauvais goût de faire un malaise le premier jour de sixième de mon fils et pourtant une faille spatio-temporelle m’avait transporté au beau milieu de la cour de récréation de mon collège 30 ans plus tôt : Paraître normale, me fondre dans la masse, ne pas rester seule, ne pas rester seule, ne pas rester seule, bien travailler, avoir une vie sociale enrichissante, attendre les weeks-ends et les vacances pour me replier en sécurité dans mon monde intérieur…Et si Loulou le vivait comme ça lui aussi ? Effroi !
Et puis il avait fallu attendre 16h00 pour connaître ses conclusions : “C’était super maman !” ! OUF ! Redescente, serpentins et confettis !

Le lendemain, je l’ai regardé pour la première lâcher ma main et s’approprier la route. Pour la toute première fois de sa vie il s’est élancé seul dans le monde, prenant le chemin du collège avec son petit bagage à lui. Il était fier, il attendait ce moment autant que moi je le redoutais. Il s’est éloigné sans se retourner tandis que je l’observais anxieuse mais attendrie jusqu’au bout de la rue. Sa silhouette devenait de plus en plus petite et il fut temps de couper pour la première fois le cordon originel… J’ai pensé à ce moment-là
que je remettais entre les mains de la vie le chemin de la personne la plus précieuse de mon existence. J’ai pensé que la mission la plus difficile pour une mère est d’apprendre à son enfant à ne plus avoir besoin de personne et que même si mon cœur se serrait ce matin de Septembre-là, lui avait déployé ses ailes pour aller conquérir son univers.
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